Improvisation assistée par ordinateur : où allons-nous ?

« Trois jeunes gens qui rigolent en discutant autour d’une radio, à la manière de Leonard de Vinci », peinture générée par l’IA Midjourney le 16 décembre 2022. Représentation plus ou moins fidèle de Samuel Berger, Elie Froucht et Pierre Lemmel.

Le 7 janvier 2022, je publiais un article intitulé “Ce que l’IA a et aura à nous apprendre sur l’impro”. 

Au moment où j’écris ces lignes, cette publication n’a pas encore un an. Et pourtant j’ai l’impression qu’un siècle technologique s’est déjà écoulé depuis ! En effet, en l’espace de quelques mois seulement, de nombreux moteurs d’intelligence artificielle ont été mis à disposition du grand public et ont profondément bouleversé la perception que l’on pouvait avoir du rôle des intelligences artificielles (IA) dans la création artistique. 

Ces outils ouvrent des possibilités vertigineuses, encore loin d’être toutes explorées, mais génèrent aussi des craintes légitimes, notamment concernant la capacité pour certains artistes de vivre de leur art.

2022 : l’année où les IA se sont mises à faire de l’art en masse

Dall-E, Stable Diffusion, Midjourney, GPT, Jasper, Imagen… Ces noms ne vous disent peut-être rien, mais ils ont commencé à sérieusement secouer les domaines de la “création de contenu” (images, vidéos, textes, design…). Le phénomène est très récent, il est donc tout à fait possible que vous n’en ayez pas du tout entendu parler. 

Pour faire très simple, ces outils permettent de générer des images, des textes et même des vidéos parfois très complexes à partir de simples phrases.

Je vous donne quelques exemples :

Quelqu’un a utilisé l’IA “Dall-E”, en écrivant “Couverture d’un roman occidental d’un cow-boy à cheval sautant par-dessus une boîte de maïs cuisant au-dessus d’un feu de camp.” L’algorithme a généré, de manière entièrement automatique, l’image suivante (tronquée) :

Une autre personne a testé l’IA “Midjourney” en lui demandant de lui générer des images de “prises de vue d’une GoPro pendant la Révolution Française”. Cela donne le résultat suivant : 

Voici ce que donne quant à elle l’IA « Stable Diffusion » si on lui propose “Gérard Depardieu en Mona Lisa par Léonard de Vinci”:

Les moteurs d’intelligence artificielle sont aussi capables de créer des vidéos à partir de textes (Make a Video par Meta, Imagen et Phenaki par Google), pour l’instant dans le cadre de prototypes expérimentaux mais avec un potentiel tout aussi impressionnant que les moteurs « texte à image ».

Vidéo générée par l’IA « Phenaki » de Google Labs (2022) à partir du texte : « Lots of traffic in futuristic city. An alien spaceship arrives to the futuristic city. The camera gets inside the alien spaceship. The camera moves forward until showing an astronaut in the blue room. The astronaut is typing in the keyboard. The camera moves away from the astronaut. The astronaut leaves the keyboard and walks to the left. The astronaut leaves the keyboard and walks away. The camera moves beyond the astronaut and looks at the screen. The screen behind the astronaut displays fish swimming in the sea. Crash zoom into the blue fish. We follow the blue fish as it swims in the dark ocean. The camera points up to the sky through the water. The ocean and the coastline of a futuristic city. Crash zoom towards a futuristic skyscraper. The camera zooms into one of the many windows. We are in an office room with empty desks. A lion runs on top of the office desks. The camera zooms into the lion’s face, inside the office. Zoom out to the lion wearing a dark suit in an office room. The lion wearing looks at the camera and smiles. The camera zooms out slowly to the skyscraper exterior. Timelapse of sunset in the modern city »

Exemple un peu différent, je me suis amusé à générer une démo de vidéo d’entreprise pour le compte de ce blog, avec Synthesia, à partir d’un simple texte, vous pouvez regarder le résultat en cliquant sur ce lien : Synthesia STUDIO: Julien Courtel a quelque-chose à vous dire.

Enfin, des intelligences artificielles proposent de générer des textes complexes et cohérents à partir de commandes simples, le moteur le plus connu étant ChatGPT.

Exemple de texte généré avec ChatGPT (épisode de « One Piece »)

Vous devez bien comprendre qu’absolument aucune de ces œuvres ne résulte d’un travail artisanal : elles ont toutes été générées par un programme informatique s’appuyant sur de très larges bases de données.

Alors, ça fait rêver ou ça fait peur ? Un peu des deux pour ma part…

Technologies informatiques et impro : entretien avec Pierre Lemmel et Elie Froucht

Maintenant que tout le monde est à peu près à jour, qu’en est-il de ces récents développements pour ce qui concerne l’improvisation théâtrale ? 

Pour en parler, j’ai choisi d’interviewer les improvisateurs lyonnais et parisiens Pierre Lemmel et Elie Froucht, qui ont tous les deux créé des spectacles d’improvisation s’appuyant sur les technologies informatiques : Pierre Lemmel et Elie Froucht.

Pierre Lemmel (Tout est dans le titre)

Bonjour Pierre Lemmel ! Pourrais-tu te présenter pour les personnes qui ne te connaissent pas ?

Bonjour Samuel ! Je suis comédien, improvisateur, auteur, metteur en scène et régisseur. Je fais partie de la compagnie Les Ecorcés à Lyon et je m’occupe de la direction artistique de « Tout est dans le titre » à Paris. Je participe également à différents spectacles, improvisés ou non : Système d’Exploitation, NSFW…

Par le passé, j’ai travaillé en tant que développeur informatique et j’ai été amené à me passionner pour les arts numériques et notamment l’art génératif.

Tu as créé le spectacle d’improvisation « Aléas ». Quel en est le concept ?

Techniquement, je n’ai pas créé ce spectacle. J’ai repris et adapté l’idée originale d’Hugh Tebby !

Le principe du spectacle est que le son, la lumière et la durée des scènes sont gérés aléatoirement par un ordinateur, charge aux artistes de s’adapter.

L’idée derrière ça est de placer les comédien-ne-s dans un environnement sonore et lumineux créé par ordinateur et de laisser place au hasard dans la création.

Ca permet aux artistes d’être vraiment dans un mode d’improvisation très pure, en s’affranchissant de contraintes de création et de simplement être sur scène à explorer le hasard.

Tu as codé un programme informatique spécifiquement pour Aléas. Quels en sont les grands principes ? 

Dans sa version actuelle, le programme dispose de différentes banques de données pour les musiques, les lumières et les durées des scènes.

A chaque fois les probabilités sont pondérées. Par exemple, une lumière « normale » de type pleins feux sera plus probable qu’une douche de lumière. Le programme génère un certain nombre de scènes à partir de ces valeurs et on est partis !

Dans la version suivante, je réfléchis à intégrer d’autres outils : génération aléatoire de musique (via Orca) ou génération aléatoire de scénarios (via ChatGPT) mais pour l’instant c’est encore en phase d’exploration. La difficulté est de trouver le bon dosage entre apporter un outil technologique qui a une plus-value artistique pour le spectacle sans tomber dans la démonstration technique ou le gadget.

Je sais que c’est le genre de mot à la mode, mais il ne s’agit pas d’une IA, au sens de programme capable d’apprendre à partir d’expérimentation ou de données pré-établies.

Ce programme peut être téléchargé sur la plateforme GitHub. Il peut être utilisé par d’autres personnes pour leurs spectacles ? C’est de « l’open-source » ?

Oui ! Tout le code source est disponible ici : https://github.com/PierreLemmel/plml-shows

Pour ma part, mon point de vue sur la propriété intellectuelle des spectacles est qu’un spectacle n’est de toutes façons pas copiable. La valeur du spectacle Aléas vient plus de l’équipe qui compose le projet, de ce que nous avons travaillé, des réflexions menées, des codes de jeu etc. que de l’idée de départ et de la solution technique apportée.

Si d’autres personnes veulent s’emparer de l’outil, c’est avec grand plaisir. Comme je l’ai déjà dit, l’idée de départ n’est pas la mienne. Envoyez simplement un petit message avant pour en discuter et trouvez un autre titre / identité visuelle et je vous aiderai là-dedans fort volontiers !

Tu as créé beaucoup de formats de spectacles et tu joues dans de nombreux autres en ce moment sur Paris. As-tu d’autres projets à venir ? Utilisant comme Aléas les technologies informatiques, ou traitant de ces sujets ?

Oui ! Parmi mes projets j’ai celui d’aller à Avignon l’été prochain avec Aléas. Je fais également partie de la pièce Système d’Exploitation dirigée par Luc Mouret, que nous jouerons tous les jeudis, vendredis et samedis à la Folie Théâtre. [tragi-comédie dystopique à propos d’humains qui sont dirigés par des algorithmes, ndr]

Pour l’instant cette année est plus une saison de transition : j’ai initié ou participé à beaucoup de projets différents l’an dernier. Je veux consolider ce qui existe déjà avant de repartir dans de nouvelles aventures.  Nous continuons à explorer différents outils pour Aléas comme évoqué précédemment. Pareil pour notre spectacle ‘En Chiens’ qui fait sa première saison en théâtre et qui affine petit à petit son identité. J’ai également un solo improvisé ‘Lire une page blanche’ que j’ai joué de manière hebdomadaire en début de saison et que j’aimerais approfondir. Ca plus d’autres projets (NSFW, Les Ecorcés, Bouts de Ficelle…) ça tient déjà pas mal occupé je dirais !

Mais j’ai également d’autres projets de création plus ambitieux dans les cartons, dont un utilisant pas mal les arts numériques, mais qui demandent du temps de réflexion et de travail et qui à ce stade sont trop embryonnaires pour les développer.

Elie Froucht (Impro Sous Hypnose)

Bonjour Elie Froucht ! Pourrais-tu te présenter pour les personnes qui ne te connaissent pas ?

Bonjour Samuel ! Je fais de l’improvisation depuis 1997. J’ai commencé au lycée à Argonay en Haute-Savoie au sein de la FIG (Fédération d’Improvisation Genevoise). En arrivant sur Paris, j’ai rejoint la Ludi-Idf, puis la Ligue d’improvisation de Paris (LIP). Puis je me suis intéressé à l’hypnose, et j’ai créé le spectacle “Impro sous Hypnose” où j’hypnotise une partie des comédiens.

A côté de cela, j’ai suivi un cursus de développeur en informatique, ce qui fait que je m’intéresse beaucoup à l’IA. Mais je suis loin d’être un expert !..

Tu viens de créer récemment le spectacle « ALGO (Aventures ludiques générées par ordinateur) » dont la première représentation aura lieu le 17 décembre 2022 à l’Improvi’bar à Paris. Quel en est le concept ?

Au début du spectacle, on demande au public un titre de film qui n’existe pas, un genre de film (comédie, film d’espion, horreur, science-fiction….), un métier pour un premier personnage, et une passion pour un deuxième personnage. Cela ressemble à beaucoup de débuts de spectacles d’improvisation, à la différence près que cette fois-ci, on donne ces infos à une IA qui va écrire en direct le début d’un film, les caractéristiques des personnages et leur aspect.

Les comédiens joueront ensuite des scènes qui incarnent ce pitch de film, puis on résume ce qui s’est passé à l’IA, laquelle va décrire la suite, les comédiens jouent des scènes qui l’illustrent, et ainsi de suite, 4 à 5 fois d’affilée.

C’est donc en quelque sorte un jeu de dialogue entre humains et machines ?

Oui tout à fait ! Même si au départ, je prévoyais que l’IA écrive toute l’histoire, et que les comédiens la jouent ensuite sur scène. 

Cela posait plusieurs problèmes : si on lisait toute l’histoire au public avant que les comédiens ne la jouent, cela pouvait limiter l’intérêt du spectacle. Dans la catégorie d’improvisation “contée”, on sait très bien qu’il faut éviter de rejouer ce que vient de dire le conteur, il faut au contraire faire avancer l’histoire. J’avais envisagé aussi de ne rien dire au public de ce que l’IA avait écrit avant que les comédiens ne jouent les scènes. Mais le public pouvait douter que c’est l’IA qui avait écrit le scénario…

Nous en avons discuté avec l’équipe, et quelqu’un a proposé de faire un partage d’écriture IA/Humain. J’ai fait quelques tests pour voir la faisabilité de la chose: ça fonctionnait ! Et tant mieux car c’est d’autant plus intéressant de proposer un partage d’écriture entre algorithme et artistes.

J’avoue que ça me fait un peu peur de devoir résumer rapidement chaque scène à l’IA, de ne pas omettre des intrigues importantes, pour que l’IA puisse correctement s’en servir pendant le spectacle.

ALGO est là aussi un peu pour expérimenter, et voir les possibilités offertes par ces outils. Nous verrons ce qui se passe ! Est-ce que les comédiens auront plaisir à jouer un scénario inventé par une IA ? Seront-ils suffisamment stimulés ou surpris ?

En dehors d’ALGO, as-tu d’autres projets artistiques tirant parti de l’IA ou des technologies informatiques ?

Pas pour le moment. Il y a quelques mois, lors de l’arrivée de Dall-E, et de Midjourney [des IA pour concevoir des images, ndr], je cherchais une idée intéressante pour faire de l’impro avec, mais n’ai pas encore trouvé de format convaincant.

Dans un second temps avec ALGO, j’aimerais pouvoir projeter en fond de scène des décors générés aussi par IA, ainsi que des portraits des personnages.

Portrait de Pierre Lemmel en version « cyberpunk », généré par l’IA « Midjourney (2022)

Pour l’anecdote, les visuels du spectacle et sa description ont été aussi générés par IA (au départ le titre aussi, mais on m’a fait finalement une meilleure proposition).

Affiche d’ALGO, avec une image générée par l’IA Midjourney (2022)

Discussion croisée autour des enjeux de l’Intelligence artificielle pour le spectacle vivant

Depuis la parution du dernier article, en quelques mois seulement, de nombreux moteurs d’IA très puissants ont été mis à disposition du grand public, et permettent à partir d’une simple phrase de générer des textes, des images, et même des contenus vidéos totalement originaux et très élaborés (Dall-E, Midjourney, GPT, etc). Vous attendiez-vous à de tels développements dans ce laps de temps au final très court ?

Non, je ne m’y attendais pas, et je dirais que je suis tout autant bluffé que terrifié.  Ce sont des questions sur lesquelles je ne me sens pas à l’aise ni compétent pour répondre.

J’avoue avoir beaucoup de mal à me projeter face à la vitesse à laquelle ces outils évoluent et il faut s’attendre à des choses technologiquement de plus en plus incroyables (films, jeux vidéos, etc.).

Non ! Ca va à une vitesse folle. Au début quand j’ai vu arriver “Dall-E 2”, j’ai vraiment eu du mal à croire que ce que je voyais était généré par un algorithme, vu la qualité des rendus réalisés.

Tout comme l’IA « AlphaGo« , qui avait surpris tout le monde en battant le champion du monde du jeu de Go en 2017. Dans les années 2010, on ne pensait pas que cela soit possible avant 2030/2050, voire on n’y croyait pas du tout.

Le « deep learning » [méthode d’apprentissage autonome s’appuyant sur de grosses bases de données, ndr] a représenté une véritable révolution de l’IA.

La puissance de ChatGPT [IA de création de textes, ndr] m’a vraiment surpris. J’ai voulu faire un test, en lui demandant d’écrire un épisode de Kaamelott dont le titre serait “La potion de constipation”. L’histoire que GPT m’a proposé a fait en sorte qu’Arthur aille voir Merlin pour lui demander une potion pour répondre à ces problèmes gastriques. Et c’était Perceval et Karadoc qui parlaient de nourriture ! Sans que je n’aie rien à dire, l’IA avait utilisé les bon noms de personnages, en leur donnant des rôles crédibles par rapport à la série !…

Je suis à la fois surpris de la puissance de l’outil, et je l’avoue un peu effrayé de ce qu’il est capable de réaliser. C’est cette IA que j’utilise pour le spectacle “ALGO”.

Episode de la série « Kaamelott » généré par l’IA « ChatGPT » (2022)

Les œuvres artistiques créés par IA sont elles pour vous aussi crédibles que des œuvres « humaines » ? Comment imaginez-vous l’évolution de ces outils ?

Les créations d’IA ne sont pas aussi crédibles, on arrive toujours à voir des lacunes. Tout comme l’utilisation des ordinateurs au cinéma : les premières images de synthèse étaient très visibles, puis maintenant c’est de plus en plus dur de distinguer le vrai du faux (je vous recommande d’ailleurs la chaîne youtube Gorkab pour revenir sur les origines de l’image de synthèse au cinéma).

Pour la suite, je ne sais pas ce que cela peut donner. Est-ce qu’une œuvre d’IA réussira a faire preuve de cœur ?

Il faudrait définir « crédible », savoir de quelles œuvres on parle, dans quel contexte etc. mais oui, actuellement, certaines réalisations dans certains cadres peuvent s’approcher des créations humaines. L’IA a un pouvoir d’exploration et d’apprentissage incroyable et dans certains domaines c’est tout autant bluffant que terrifiant.

A l’occasion de la publication de mon article sur l’IA et l’impro, j’ai pu constater que certaines personnes étaient effrayées, attristées ou scandalisées de voir des artistes remplacés par des machines. C’est vrai qu’on aurait pu s’imaginer que l’art resterait le dernier bastion où les humains resteraient absolument irremplaçables. Que pensez-vous de cette inquiétude ? Elle vous parle ?

De votre point de vue, quels apports ou dangers peuvent représenter ces outils techniques pour le spectacle vivant ? Ou pour d’autres disciplines artistiques comme la peinture, l’écriture, le design, le métier d’acteur.ice, de concept artist ?…

Un exemple souvent donné de secteur menacé par l’IA est la création photo ou la peinture.

Je comprends très bien cette inquiétude : est-ce que le fait de pouvoir créer facilement des images ne va pas faire perdre leur emploi à de nombreuses personnes ? Il y a des chances que des petits dessinateurs ou créateurs en pâtissent.

Pour les acteurs, je pense que cela restera très difficile de les remplacer.

C’est une inquiétude qui est plus que légitime et pour laquelle je n’ai pas de réponse. C’est marrant, on parlait de Système d’Exploitation plus haut : c’est une pièce hommage à Bernard Stiegler qui a beaucoup réfléchi aux questions de changements de société induits par les technologies et aux conséquences d’évolutions tellement rapides que la société n’a pas le temps de réagir. C’est une mutation potentiellement assez radicale qui se profile et ça remettrait en cause beaucoup de choses.

Le fait est qu’aujourd’hui, ces technologies existent et l’histoire montre que Pandore n’est pas très douée pour refermer les boîtes.

C’est peut-être illusoire, mais pour le spectacle vivant, je ne nous sens pas menacés. Je ne crois pas aux robots acteurs. Mais en ce qui concerne l’écriture, je n’en suis pas si sûr. 

Alors que fait-on ? Le spectacle ALGO sera un point de départ intéressant. Ca rejoint l’idée d’Aléas de se servir des outils numériques pour offrir aux artistes un cadre dans lequel s’exercer. Je pense que l’IA peut offrir ce que le hasard offre dans Aléas : la possibilité d’explorer des zones inconnues. Et en ce sens, ça me semble particulièrement intéressant, surtout pour des artistes improvisateurs. Ce sont des outils qui peuvent nous offrir un cadre de plus en plus riche dans lequel nous exprimer.

Actuellement, la plupart des acteurs de l’IA tentent d’assoir leur position en séduisant la majeure partie des utilisateurs. Nous sommes donc dans une phase un peu anarchique, ou les outils sont en accès libre, produisent des œuvres libres de droits, et ne font l’objet d’aucune régulation.

Cela ne durera pas très longtemps : d’une part, après avoir assis leur position sur le marché, les principales plateformes rendront leur service payant en partie ou en totalité (nécessité de payer des paliers pour télécharger les créations, disposer des droits, obtenir une version en haute définition, etc…). D’autre part, la puissance publique interviendra pour réguler l’activité, définir les droits d’auteur, etc…
La phase de grande accessibilité de ces outils ne va donc pas trop durer je pense. Dans cette phase un peu particulière, les artistes professionnels (écrivains, designers, concept artists…) se retrouvent effectivement dans une situation difficile car ils subissent une concurrence inépuisable et gratuite.

Mais cette phase ouvre aussi des capacités de création absolument inédites à des personnes qui ne disposent pas de compétences techniques poussées, mais sont animées par une imagination et une créativité qui ne demandait jusqu’à lors qu’à s’exprimer. Les concepts les plus originaux peuvent se voir illustrés avec un degré de détails auparavant complètement inatteignables, et ce en quelques secondes. Je pense que cela peut ouvrir une phase d’émulation et de créativité très intéressante sur le web. Cette liberté de création me fait beaucoup penser aux possibilités infinies qu’ouvrent l’impro aux primo-pratiquant.e.s. Il y a de quoi être titillé voire enthousiasmé !

Je suis très curieux de voir la suite de tout cela.


Enfin, et à tire très personnel, je voudrais conclure cet article en relativisant quand même l’importance ou les potentialités de développement de ces outils, qui ne vont constituer à mon avis qu’une phase passagère de notre environnement technologique.

Il faut bien avoir à l’esprit, en effet, que ces IA miraculeuses s’appuient sur de la donnée. Beaucoup de données. Et ces moteurs constituent, au même titre que les systèmes de cryptomonnaies par exemple, de véritables gouffres énergétiques.

Nous vivons dans un monde déjà marqué depuis plusieurs décennies par la surexploitation et l’épuisement des ressources naturelles et des sources d’énergies. Dans un tel contexte, qui met déjà en question le devenir de l’humanité à l’échelle d’une génération, l’investissement dans des gadgets comme de l’IA grand public, la réalité virtuelle ou les NFT n’a absolument aucun sens.

Il est donc très probable que l’usage des technologies informatiques sera très restreint dans les années qui viennent : ordinateurs, smartphones et réseaux seront réservés aux grandes institutions ou aux ultrariches, tandis que leur accès sera drastiquement restreint pour le commun des mortels. Ceci pour des raisons éthiques (limitation des pollutions, recentrage de l’économie vers des usages sobres) et plus bassement prosaïques (épuisement des terres rares, rationnement énergétique subi, renforcement des inégalités sociales).

J’ai donc bien conscience, que, tout passionnants qu’ils soient, ces outils ou en tout cas leur large diffusion ont un caractère fondamentalement éphémère.

Que restera-t-il au bout de cette période ? Ce qui a toujours existé depuis l’avènement des sociétés humaines : le besoin de raconter des histoires, de se réunir, de communiquer.

Bref, l’improvisation ! Et ça, j’espère encore en voir et en faire pendant longtemps…

Bonnes fêtes de fin d’année !


Références pour aller plus loin :

Moteurs d’Intelligence artificielle :

Projets de Pierre Lemmel :

Projets d’Elie Froucht :

Publié par Raymond Perec

Ouvreurse de littérature potentielle à SHITFORM.COM et à cestquoilagauche.wordpress.com.

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