Improviser, c’est comme conduire une voiture !

Crédit photo Les Intermédiaires, 2022 (https://www.shitform.com)

Bienvenue à toi, lect.eur.rice. Aujourd’hui je te propose une petite métaphore de la pratique de l’improvisation théâtrale. 

Le but est de partir d’une image simple pour mettre en valeur quelques principes de base qui sous-tendent la pratique de l’impro.

Cette fois-ci, nous allons parler bagnoles. Eh oui, et ce même si je n’ai pas de permis ! Mais bon, si on ne laissait s’exprimer que les personnes qui savent de quoi elles parlent, on aurait pas mal de monde qui viendrait pointer au chômage… Bref.

Vous allez voir, c’est assez simple : pour qu’une voiture avance, elle a besoin d’un moteur qui tourne, et pour ça, ce moteur a besoin d’être alimenté en carburant. Jusqu’ici, c’est plutôt clair !

Le véhicule

Gaston Lagaffe, Franquin, éditions Dupuis.

Imaginons maintenant que le véhicule que nous voulons faire avancer, c’est une histoire

Je n’ai pas besoin de beaucoup m’étendre sur ce principe. Juste pour vous préciser qu’une histoire n’a pas besoin d’empiler des rebondissements alambiqués ou des précisions narratives pour nous intéresser.

La suite nous permettra de voir comment.

Le moteur

Crédit image istockphotos

Comme pour la voiture, l’histoire a besoin d’un moteur pour avancer. Les rouages de ce moteur seront les relations entre les personnages. Ces relations doivent évoluer pour que l’histoire avance. 

Beaucoup de théoricien.ne.s du scénario ou de l’écriture narrative considèrent qu’une histoire se construit dès lors que son ou sa protagoniste principal.e change. Ce.tte protagoniste peut connaître un changement intérieur, résoudre un problème, surmonter une adversité, un défaut ou une difficulté. Dans tous les cas, cela se traduit par un changement de statut vis-à-vis de son environnement, d’iel-même ou des autres. 

La notion de “statut” en improvisation a été développée par Keith Johnstone. Le terme statut renvoie au comportement social du personnage : en gros, le personnage adopte-t-il une attitude de dominant ou de dominé ? 

Dans une histoire, nous assistons souvent au passage d’un.e protagoniste d’un statut de dominé à un statut de dominant (aventure, comédie, récit initiatique) ou d’un statut de dominant à un statut de dominé (tragédie, conte moral). 

Mais il peut y avoir une infinité de variations : un personnage peut commencer dominé, passer dominant puis finalement retomber dominé (ce passage “au fond du trou” est une étape clé identifiée par les théoriciens du “voyage du héros”) avant de se hisser à nouveau à un statut de dominant (ou pas). Dans certains cas, lea protagoniste principal.e peut ne pas évoluer du tout : ce sont tous les personnages qui l’entourent qui évoluent à son contact. 

On peut retenir qu’en général, l’histoire avance parce que les statuts des personnages changent, et donc la place qu’ils occupent les uns par rapport aux autres. Le moteur de l’histoire, ce sont les relations.

Le carburant

crédit image Vectorstock

Certes, mais dans ce cas, qu’est-ce qui fait tourner ces rouages ? Quel carburant fait tourner ce moteur ? 

En l’occurrence, le carburant de l’histoire, ce sont les émotions

Un personnage neutre, sans émotion, sera un personnage en équilibre, stable, qui restera dans son statut et affectera peu les autres. Les relations auront dans ce cas peu de chances d’évoluer. Tout au plus assistera-t-on à des transactions, des négociations sans grand intérêt (j’en parle dans cet article).

En revanche, dès que ce personnage éprouve une émotion, ou qu’il est confronté à l’émotion d’un autre personnage, les statuts se modifient automatiquement. Le moteur se met à tourner : par exemple un personnage dominant qui se met en colère voit son statut menacé. L’émotion établit qu’il n’est plus en maîtrise de la situation. C’est un peu le cliché du ou de la méchant.e de film qui s’exaspère face aux succès de l’héroïne ou du héros. A l’inverse, un statut dominé qui se met en colère peut amorcer un changement de statut vers une position plus dominante. 

Une infinité de combinaisons sont possibles, suivant:

  • 1) le statut de départ du ou de la protagoniste, 
  • 2) l’émotion qu’iel éprouve, 
  • 3) le statut du personnage avec lequel iel interagit, 
  • 4) la réaction de ce personnage, 
  • et enfin 5) la réaction du ou de la protagoniste à cette réaction, sans compter les interactions émotionnelles avec tous les autres personnages secondaires… 

Ce que l’on peut retenir, c’est que l’émotion introduit tout de suite un déséquilibre : pour les personnages qui l’éprouvent, le statu quo n’est plus possible, il y a forcément mouvement. Et ce mouvement se répercute, il y a effet domino : les autres personnages, confrontés à l’expression de cette émotion, doivent se positionner : avoir une réaction émotionnelle (elle même factrice de mouvement) ou parfois rester totalement neutre, ce qui cependant génèrera forcément une réaction du personnage initialement ému. 

Le système de statuts est mis sans dessus dessous, et un nouvel équilibre global finit par s’établir : c’est la situation finale de l’histoire.

Et voilà, nous sommes arrivé.e.s à destination !

Bon(s) voyage(s) et à bientôt !

Gaston Lagaffe, Franquin, éditions Dupuis.

Publié par Raymond Perec

Ouvreurse de littérature potentielle à SHITFORM.COM et à cestquoilagauche.wordpress.com.

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